"Je ne suis Personne"



Bonjour à tous !

J'ai décidé de réhabiliter ce blog pour y poster plus régulièrement. Je devrais en refaire la déco bientôt, d'ailleurs. J'ai envie d'y partager des images, mais également des textes qui n'ont pas leur place sur tumblr ou facebook, et qui s’apprécient d'avantage dans le boudoir relaxant d'un blog. Il y aura parfois des morceaux éparses, parfois des textes plus longs. Beaucoup sont issus de roleplays sur divers forums.
Je commence avec un personnage un peu complexe qui a connu plusieurs vies et versions. Celle dépeinte ici déambule actuellement sur un forum dont le cadre est Neverland, le pays de Peter Pan.



"Je ne suis Personne"




La nuit m'enveloppe de son manteau. J'ai froid, si froid, que mes dents claquent. C'est la seul réaction que mon corps daigne m'offrir. Le reste de ma carcasse est inerte, immobile dans l'herbe grasse et couverte de rosée. Je ne la sens pas, je la devine. Mes poings serrés sur la machette que l'ont m'a offerte, assise contre une souche d'arbre, dans l'attente que l'on vienne me manger.
Je vais mourir ce soir.
Sans un mot superflu.
Sans une plainte.

Sans avoir existé.

Où donc ai-je trébuché dans le parcours exemplaire qui fut le mien ? La prudence a toujours été ma vertu cardinale. J'en ai pourtant été particulièrement dénuée. Je me rappelle de sa silhouette sombre, superbe, se découpant sur le vert miroitant de la jungle. Son regard d'or posé sur moi m'avait électrisée. Je l'avais désirée, comme trophée, presque immédiatement. C'était là ma vraie forme, celle vers laquelle je tendais désespérément, rayonnante d'un charisme rare et d'une présence inégalée. Je voulais être elle, ramener sa tête, me baigner dans son essence et regarder ensuite mes frères avec une fierté égale à la leur. Je voulais tant être quelqu'un.

J'ai pêché par orgueil.

Regardez-moi, pathétique et innommée. Même ma bravoure de chasse m'a été retirée. Je ne suis que le fruit d'une médiocrité constante. Je suis telle que j'ai toujours été, enfin révélée à la Lune : apeurée, inutile, commune.
Prête à être effacée.
Car oui je suis effrayée ! Oui, je grelotte d'effroi ! La jungle s'anime de bruits, multitude de présences dissimulées, de dangers, de ténèbres. De fins définitives. Suis je donc en train de pleurer ? Mes joues sont humides.

Ô mes frères, Mes frères tant aimés. Je n'ai pas su bien vous le dire, j'en suis tellement désolée. Je voulais vivre. Je voulais aimer. Enfanter peut-être. Et vieillir en toute sérénité, à vos cotés, couverte de vos rires et de vos joies, de vos peines et menus tracas. Une vie de combats et de dessins ciselés sur vos peaux. Mais je ne serais jamais cela. Jamais.

Je ne veux pas mourir.
JE NE VEUX PAS MOURIR.
JE NE VEUX PAS MOURIR.

Ce cri terrible qui résonne dans la nuit et percute les étoiles, il sort de ma gorge. Je le réalise brutalement alors que, paniqués, mes yeux roulent dans leurs orbites à la recherche de la menace. Ils ne trouvent qu'une lumière aveuglante. Ce hurlement est bestial, inhumain, comme la douleur qui me ronge, soudain. Un rugissement qui vous liquéfie les organes, qui vous disloque les os, qui craquelle votre épiderme pour en faire des lambeaux. Mon esprit épuisé est au bord du décrochage. Ma souffrance est si dévorante que je me crois littéralement sacrifiée à la bête invisible qui festoie de mes chairs.

Je sens que je m'en vais.
Soyons lâche et laissons faire. Je suis morte comme une brave, c'est ainsi qu'on m'oubliera. Pourquoi se battre pour une image déjà floue dans les mémoires ?

Je ferme les yeux.
Mon cœur s'apaise.
Je suis prête à être délivrée.


***

Je suis morte ce jour là pour apprendre ma leçon.

Désormais nos corps conjugués sillonnent cette île qui nous a enfantés. Son mystère est grand et c’est dans son ventre que je m’y sens le plus à l’abri ; Loin des deux-jambes, pour mieux savourer mes quatre pattes. Dans les ruines de son passé abandonné, j’ai fait halte. Et c’est sur ces murs décrépis que j’y ai découvert le sens de mon existence : Je suis l’improbable, l’impensable, je suis le corps étranger. La Grande Mère m’a faite, elle m’a offert une autre histoire là où j’aurais du m’arrêter. Parfois, mon coeur se rappelle de l'avant, de ce frère jumeau que j'aimais dans la souffrance de mes secrètes alcôves. De ma tête, trop pleine, reposant sur l'épaule du Requin Blanc. De nos courses effrénées et de nos jeux. Parfois je me rappelle des échos du rires de ma mère, de la main de mon père ébouriffant mes cheveux, de mes émois de jeune fille en lorgnant notre chaman, à la dérobée.
Parfois je me souviens de cette histoire qui n'a jamais été écrite.
Et je referme le livre, tout doucement.
Ce marbre et ces dalles de pierre en accueilleront d'autres, nombreuses. Je sais désormais qui je suis.

Je suis le témoin, qui acharné, consigne.
Je suis le regard et la main neutre du conteur.
Je suis le Témoin de vos vies.
Je suis la Mémoire.

Je ne suis Personne.

Nadie est mon nom.


Commentaires

Belone a dit…
Un rp impressionnant *^*
J'aime énormément le dessin, mais aussi le texte, je pense que j'aurais adoré rp avec un perso comme ça. J'ai hâte d'en voir plus en tout cas.
Nephyla a dit…
Merci! C'est le texte à peine retouché de ma fiche de présentation sur le forum http://neverneverland.forumactif.org si jamais ça te botte !
Belone a dit…
Ho merci, j'osais pas te demander le lien pour aller y jeter un œil. Après étant sur un fofo rp très actif, je ne suis pas certaine de m'engager ailleurs. Mais j'irai voir avec plaisir ^-^
Touta a dit…
Joli dessin
Jacques a dit…
Je viens de découvrir vos talents à la lecture du premier numéro de Blandice magazine...et j'adore...impatient de vous lire plus sur ce blog...